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L’oiseau rare #1: Eugénie

La BD!

BD de Cedric Simon et Eric Stalner
Grand Angle (2020), 53 p., 1/2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Très belle édition avec une couverture alléchante, à la fois mystérieuse et révélatrice de l’atmosphère historique. L’album s’ouvre sur une introduction et se clôture par un cahier documentaire de sept pages comprenant des photographies historiques et revenant sur la Zone (les bidonvilles entourant Paris et terrain du récit), l’actrice Sarah Bernhardt qui apparaît dans l’ouvrage et le photographe Emile Atget à l’origine de l’album.

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Autour de Paris, de 1844 à 1930 s’étend une zone interdite à la construction, devant permettre de voir venir d’éventuelles attaques allemandes. S’y installent très vite des populations pauvres, parfois chassées par la spéculation immobilière des travaux haussmanniens, en un amoncellement de bidonvilles formant une société populaire inédite. Dans la Zone vivent Eugénie et ses acolytes, formant une improbable famille de truands. Le rêve d’Eugénie est de rebâtir le mythique théâtre l’Oiseau rare…

Dès les premières pages et le préambule on comprend que le cœur de ce projet est de faire revivre une certaine époque, ce fascinant XIX° siècle finissant, plein de sang et de larmes mais aussi d’espoir, époque que nous voyons aujourd’hui dans le reflet des pays du tiers-monde, du Brésil à une certaine Europe où immenses richesses côtoient la plus basse misère avec la juxtaposition de plusieurs sociétés que seule la Nation relie. En écho aux Yslaire, Tardi et Bourgeon , L’oiseau rare s’attache à un travail documentaire, faisant la part belle aux trognes qu’un Eric Stalner à la productivité débordante (plus d’un album par an depuis pfiouuuu…), issu de la tradition de BD historique Glénat, sait remarquablement croquer. La reconstitution nous emmène ainsi des bidonvilles de la Zone, sous-société tolérée par l’Etat en ce qu’elle se situe hors du champ de vision de la bourgeoisie, aux rapines dans les rues parisiennes. Ce sont ces séquences fort sympathiques, celles des petits œuvrant de malice pour détrousser le bourgeois ou le gros commerçant, qui attirent le plus l’attention du lecteur. Dans l’esprit rebelle d’un Robin des bois ou de Jay et Kita, on aime cette liberté, cette vie qui dénote avec une société parisienne corsetée (… que l’on ne voit guère dans l’album).

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/08/LOiseau-rare-1-800x1083.jpg.webpC’est sur l’intrigue en revanche que la réussite fléchit. Comme une fausse bonne idée, le scénariste dit partir d’un cliché, il est vrai fascinant, pour décrire l’itinéraire d’une jeune fillette idéaliste et emplie de joie. Il n’y a pas de pathos dans cet album qui laisse l’inquiétude de côté hormis concernant le grand-père qui cache un secret révélé en fin de tome. Mais un portrait ne suffit pas et en refermant l’album on a l’étrange impression d’avoir fait du sur-place après un voyage de carte postale documentaire dans l’arrière-cour de la République. On apprend à découvrir les personnages, la pègre, avec quelques séquences mystérieuses bien amenées. Techniquement c’est solide. Mais l’histoire semble finalement moins importer aux auteurs que le cliché, comme cette irruption de Sarah Bernhardt finalement assez brève et périphérique qui semble se justifier par le seul caractère historique du personnage. L’histoire est prévue en deux volumes et il ne faut pas condamner une intrigue peut-être prévue en progression.

Ce diptyque commence donc agréablement pour peu que l’on se passionne pour cette époque et pour les récits des gens de peu. L’ouvrage profite de dessins très réussis d’un Stalner inspiré et l’on espère quel’intrigue saura dépasser la seule intrigue familiale en proposant dans le second volume une tension un peu légère jusqu’ici.

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