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Actu: grève des auteurs BD à Angoulême

Actu

Le quarante-septième festival international de la BD d’Angoulême s’est clôturé hier et l’on peut dire que cette année a été historique par l’irruption du mouvement de contestation des auteurs dans ce grand événement médiatisé. Ceux qui suivent l’actualité littéraire savent que depuis plusieurs années la profession s’organise pour faire remonter des revendications argumentées auprès des décideurs et assumer un bras de fer avec des éditeurs dont le secteur économique se concentre chaque année plus avant. Ainsi, outre les tribunes (notamment celle, remarquée, du directeur artistique du festival), un « débrayage » a eu lieu samedi avec une manifestation très remarquée. Sur les Résultat de recherche d'images pour "manifestations auteurs angoulême""réseaux sociaux certains festivaliers s’agacent de ce mode d’action… je ne ne peux pour ma part que constater la conjonction d’une grogne nationale de plus en plus visible et radicale et de mouvements (comme celui des auteurs, mais c’est loin d’être la seule profession dans ce cas) voyant leur situation devenir de plus en plus précaire. Il est très compliqué de savoir la réalité, tant les situations sont diverses, la pudeur (ou le mensonge) des uns et des autres (auteurs, éditeurs) n’aidant pas à savoir qui touche quoi. Le grand public ne peux que regarder les phénoménaux chiffres de vente des grandes séries en imaginant difficilement que même sur une logique de « ruissellement » les auteurs n’en bénéficient pas. Le problème c’est que la profusion de sorties entraîne, ce n’est pas nouveau), une baisse des tirages, des ventes par album et mécaniquement une concentration des achats sur les grosses séries. Dans un modèle libéral (littéralement « non réglementé »), comme dans tous les autres secteurs, un oligopole économique débouche sur l’enrichissement de ceux qui vendent déjà bien et un appauvrissement d’une majorité. Se pose alors la question du rôle des éditeurs.Renaud Scheidt

La tribune du directeur du festival pointe des éléments intéressants que je rejoins (à mon très modeste niveau) en notant seulement un angle mort, celui de la lecture numérique. Adepte de ce type de lecture via la plateforme Iznéo (vrai modèle économique vertueux s’apparentant à l’idée d’une licence globale) pour des raisons très pratiques, je constate que ce mode de lecture plait et marche sans doute bien mieux que celui de la lecture de romans dont les éditeurs n’ont jamais voulu et qui reste à des tarifs incompréhensibles au regard du papier. J’imagine que les éditeurs objecteront que les chiffres de consommation du numérique sont sans commune mesure avec ceux du papier, mais entre l’amélioration des coûts d’impression (très attentif à la fabrication des ouvrages je remarque que nombre d’éditeurs, pas toujours gros, tirent en Europe si ce n’est en France), les ventes numériques et les chiffres globaux, la question de leur stratégie se pose. Depuis plus de dix ans l’édition française est tirée par la BD. Avec cet afflux d’argent, un éditeur doit-il fournir au lecteur ce qu’il demande ou lui proposer des nouveautés? Jamais autant de séries commerciales n’ont vu le jour (entre les séries soleil, les labels Luc Ferry ouvrant les portes de l’Education Nationale et les séries thématiques), ce qui signifie qu’elles vendent bien. Sans juger de la qualité artistique, on peut bien parler de commercial. Si le réseau d’éditeurs doit permettre l’expérimentation et l’émergence de jeunes (souvent chez de petits éditeurs avant de monter), je pense que l’éditeur a un rôle à jouer sur l’orientation des financements, vers un plus petit nombre d’albums sortis afin de consolider la rémunération des artistes. Ce qui posera la question à la corporation de la difficulté pour un jeune à commencer une carrière. Il semble compliqué (hormis à subventionner massivement, ce qui est plus ou moins demandé par certains acteurs) d’avoir et l’un et l’autre. Boris Golzio

Au-delà de la question, technique, des retraites d’une profession indépendante fragile (sujet qui rejoint la question générale de la réforme du gouvernement), le mode de rémunération est le sujet discuté par la profession et sur lequel on n’a que peu entendu les grande éditeurs, hormis à pousser des cris d’orfraie en disant qu’ils ne veulent pas financer seuls… comme tout patron qui se respecte. La question de la rémunération de la présence des auteurs en salons est réelle: si l’on considère que c’est l’auteur qui fait venir le public et non l’éditeur, les ventes réalisées sur le salon se font sur une personne présente bénévolement. Cela semble aberrant et assez simple à régler. Pour peu qu’un rapport de force soit installé. D’où la grève des auteurs. La boucle est bouclée… On imagine mal ce gouvernement imposer au patronat (pas plus à celui de la BD que de l’industrie) un tel financement. L’idée d’un paiement des dédicaces sur le modèle américain reviendrait à taper un lectorat qui peut effectivement assumer cela mais au risque de voir baisser sa capacité d’achat. Ce serait une fausse solution qui aurait pour seul mérite de sortir les éditeurs de l’équation… ce qui peut paraître pour le moins décalé. L’Etat a comme toujours un rôle à jouer, sur la fiscalité des rémunérations annexes par exemple. Mais la balle me semble bien dans le camp des éditeurs qui doivent lâcher du leste pour retrouver un équilibre économique et artistique.Witko

Dans cette histoire le lecteur de BD a un rôle, celui d’être vigilant et d’accompagner tout ce qui déconcentre l’édition, notamment les financements participatifs et s’interroger sur l’assistance à la prolongation de séries qui ne durent que par l’apport d’argent qu’elles engendrent en provoquant des aberrations de plus en plus fréquentes d’albums qui n’auraient jamais du voir le jour. L’article pointe également la baisse des ventes de frano-belge et la hausse des deux autres secteurs, ce qui ne m’étonne en rien. Dans mon activité de blogueur j’ai très souvent lu des avis de lecteurs trouvant tel album (les Indes Fourbes pour ne pas le nommer) ou la BD franco-belge en général trop chère. J’ai toujours trouvé cela surprenant de la part de lecteurs qui achètent des séries souvent longues à 7-9€ l’album. Je comprend l’argument prix/page mais si chacun peut préférer la BD japonaise, américaine ou franco-belge, je trouve l’argument financier un peu léger (n’hésitez pas à m’interpeller en commentaires si vous vous sentez concerné, ça m’intéresse!). Ainsi le consommateur de BD (je sais c’est un gros mot mais c’est une réalité que je m’applique…) doit être conscient de son rôle comme acteur économique. Leurs achats permettent surtout à de petits éditeurs d’apparaître avec un budget léger reposant sur le seul achat de licences étrangères. Editeurs qui sont la plupart du temps rachetés assez vite par un gros… Voici donc une conclusion inattendue à ce billet d’actu: j’invite tous les lecteurs de comics et de manga à s’intéresser à la BD franco-belge dans laquelle ils trouveront des choses fabuleuses et souvent très proches de ce qu’ils connaissent.

Voir le site sur l’année de la Bande décimée.

Pour finir sur une note plus artistique, je vous colle ci-dessous le palmarès de l’édition 2020 du festival:

Découvrez le palmarès 2020 !

6 commentaires sur “Actu: grève des auteurs BD à Angoulême

  1. Il ne faut pas non plus déresponsabiliser l’auteur de bédé… S’il n’arrive pas à bien négocier son travail, c’est que son travail ne vaut pas plus. L’auteur de bédé a la chance de vivre de son art. S’il n’est pas assez bon (talent artistique, négociation, financement, marketing, …), c’est normal qu’il disparaisse.

    Regardez du côté du Japon. Un bon mangaka gagne très bien sa vie. La bédé franco-belge pourrait s’en inspirer. Se plaindre, ok. Progresser, c’est mieux.

    Également, l’auto-édition peut être une possibilité.

    Bonne continuation à tous.

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    1. Attention, il faut regarder les chiffres. Heureusement les syndicats d’auteur font depuis quelque temps un gros travail de diagnostique en posant les chiffres. On parle d’une grande majorité de professionnels qui ne peuvent pas en vivre, y compris sur des séries considérées rentables. Le marché du manga est très différent avec un système de prépublication peu chère à produire et un marché d’acheteurs avec des tirages monstrueux. Ce n’est pas comparable. Pour moi la question est surtout le travail des éditeurs de repérer des auteurs qui proposent quelque chose. Est-ce que tout amateur de dessin peut éditer dans une maison? Il y a aussi le financement crowdfunding. ..

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  2. Je rebondis sur la question du prix trop élevé des BDs, comme tu nous invites à commenter à ce sujet, même si je vais élargir à la question de la valeur qu’on accorde aux oeuvres en général.

    Parce que me concernant, je pense qu’on ne peut pas vraiment dire qu’il y a un juste prix pour les œuvres quelles qu’elles soient. Tu évoques le rapport prix/pages, et j’ai longtemps pensé comme ça (ou aussi prix/temps dans le cadre d’autres loisirs), mais je me rends compte qu’au final, ça n’a pas trop de sens. Me concernant, je trouve cette question très complexe car du côté du consommateur, c’est normal que la notion de plaisir prit soit primordial dans le prix qu’on estime juste pour l’oeuvre, or c’est je pense un point très différent du point de vue de l’éditeur qui voit surtout le retour sur investissement, ou pour l’auteur, qui doit vivre de ça.
    Me concernant, je dois avouer, en tant que gros lecteur de manga, que c’est toujours compliqué pour moi de payer plus de 10 euros pour un volume, quand bien même je m’infuse des sagas à rallonge dont le prix total dépasse la centaine d’euros. Je pense que des mécanismes psychologiques inconscients entrent donc en ligne de compte là-dedans.
    Mais j’avoue aussi aimer l’idée d’achats « militants », pour soutenir des auteurs qui galèrent davantage.

    C’est décousu comme opinion, tu m’en excusera…

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    1. Non non c’est très intéressant et je te remercie de donner un avis de mangavore (car sur le manga je fais surtout observer, en lisant peux). L’objet de mon billet etait aussi de dire que comme pour d’autres secteurs de consommations l’acheteur à un poids réel sur l’orientation du marché. Et si la grogne actuelle aboutit à une réduction de l’offre on y perdra tous.

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      1. En effet, je crois aussi qu’on n’insiste jamais assez sur le poids des acheteurs, car en définitive, je pense que c’est bel et bien les chiffres de vente qui donnent aux différentes industries culturelles leur impulsion (l’exemple le plus évident étant le cinéma qui depuis 10 ans nous fait de plus en plus de films de super héros et d’univers connectés pour chercher à imiter le succès de Disney/Marvel).

        Aimé par 1 personne

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