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Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable

 

7 commentaires sur “Jusqu’au dernier

  1. Petite déception, car scénario très quelconque… Mais comme tu l’as souligné, les dessins et la mise en page sont superbes. Le jeu de couleur est vraiment impressionnant : le jour en plein soleil, la nuit, la pluie, le couché de soleil. Bref c’est extrêmement brillant côté graphique.
    J’ai le même symptôme que sur Mécanique Céleste : claque graphique mais déception sur l’histoire :/

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton avis! Je vois ce que tu veux dire mais pour moi cela fait partie de ce type d’histoires: les histoires de western (j’ai trouvé Jusqu’au dernier très Hawksien) sont simples, basées sur de grands concepts comme la vengeance, l’amour, le pardon… Ce ne sont pas des agatha critsit. Ce sont les personnages, les décors, les regards qui sont importants et sur ce plan je l’ai trouvé fabuleux. La subtilité de cette histoire à quatre entre les deux gars, le gamin et la fille apporte le truc en plus que n’a pas Undertaker par exemple…
      Pour mécanique céleste, c’est la virtuosité graphique qui compte. Je reconnais que l’intrigue est minimaliste même si le côté loufdingue est sympa. Mais je mets Jusqu’au dernier clairement au-dessus de Mécanique celeste par son ambition.
      Au plaisir de confronter nos lectures 🙂

      J'aime

  2. Moi aussi j’ai été bluffé par le dessin. Toutes les cases sont magnifiques. Par contre je trouve l’histoire un peu bancale. Il y a plusieurs points qui me chiffonnent.Le caractère du vieux cow-boy, on ne comprend pas trop pourquoi quelqu’un qui prend un enfant simplet sous son aile serait aussi acariâtre. De plus la tentative de suicide dans les montagnes tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Ah bon ? Et pourquoi ? Et l’explication m’a laissé plus que dubitatif. Bref on a pas le même ressenti sur cette lecture.

    Aimé par 1 personne

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