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Monolith

BD du mercredi
BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_374921Doucement mais sûrement cet éditeur construit un catalogue de traductions (principalement venues d’Italie et d’Espagne) d’excellent niveau. Que ce soit dans le très classique comme dans l’expérimentation, je suis assez bluffé par les albums d’outre Alpes ou Pyrénées qu’il nous permet de lire. Pour cette nouvelle parution en deux tomes très rapprochés, nous avons en revanche droit au minimum syndical. Il n’y a pas toujours matière à donner du bonus mais la bio des auteurs, une biblio ou pour ce cas là une explication du projet BD/cinéma aurait été sympa…

C’est décidé, Sandra se tire! Son mec est un connard et elle ne peut pas sentir sa grosse bagnole, la Monolith. Pour lui montrer sa bonne foi il lui demande néanmoins de prendre sa voiture, un bijou de technologie dernier cri. Mais lorsqu’elle se retrouve bloquée dans le désert avec son fils dans le véhicule et les portières verrouillées, elle commence à paniquer…

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"J’adore découvrir de jeunes auteurs. Les éditions du long bec m’avaient déjà bluffé en début d’année avec le premier album de Ricardo Colosimo, une sorte de polar seventies en mode cubiste. Si je bave régulièrement devant la technique encrée de l’école espagnole, je commence à apprendre à reconnaître un style italien, très loin des patriarches Manara, Pratt ou Serpieri, un style nourri autant au comic qu’à la franco-belge. L’artiste italien Lorenzo Ceccoti (LRNZ) propose sur cet album un travail numérique proche de ce que peut faire un Gerald Parel, avec un design inspiré du manga et un travail esthétique très novateur, tant dans la recherche d’effacement des lignes que dans les idées visuelles pour exprimer le ressenti de l’héroïne au sein d’une intrigue minimaliste. Dès la couverture on sent la maîtrise de l’idée visuelle. je parle souvent du rôle majeur des couvertures et de certains (grands) dessinateurs qui ne savent pas l’utiliser… Ici, tant dans le titre que l’on retient que dans l’esthétique propre et la référence évidente au mythique film Christine, la couverture de Monolith accroche notre regard au sein de la multitude des rayonnages de BD.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"L’idée donc est très simple et déjà vue. Mais le fantastique et le thriller ont souvent pour qualité leur traitement original plus que leur sujet. C’est le cas ici avec la prise de contact d’abord avec cette voiture qui est évidemment un personnage en tant que tel, puis avec cette jeune et (très) jolie fille, totalement immature, qui claque la porte en emmenant son gamin. Déterminée à ne pas laisser son oppresseur de mari, maniaque du contrôle, elle désactive toutes les fonctions du véhicule qui pourrait lui permettre de la suivre. Très rapidement l’on capte la référence à notre monde hyper-connecté où de simples outils mis à notre disposition nous posent la question d’où l’on est prêts à aller dans l’abandon de notre libre-arbitre, de notre anonymat, de notre indépendance. Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Car Sandra recherche plus que tout son indépendance sans être capable de se gérer et de gérer son enfant. Très vite on se demande si la voiture n’est finalement pas un bienfait, pour sa protection évidemment. Loin d’être une menace, la voiture est vue comme un idéal de sécurité et de confort… qui ne semble pas pouvoir coller avec l’esprit destructeur et libertaire de la jeune femme. Elle a le choix d’utiliser ou non le véhicule. D’activer ou non ses fonctions. Elle doit simplement déterminer ce qu’elle recherche en priorité. La sécurité de son enfant ou sa liberté? Pour une série B minimaliste j’ai trouvé que la prise de réflexion sur notre société était sacrément poussée.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Et puis vient le graphisme, qui vous claque au visage par sa classe, sa maîtrise technique, sa liberté artistique. Jouant de saturation, de grain, de surexposition, LRNZ se régale avec sa palette graphique en nous proposant un panel de graphismes impressionnant. Utilisant différents styles au service de la narration (comme la séquence de l’alarme qui joue de saturation jaune et de typographie énorme qui rendent visuel le hurlement de la voiture ou les cauchemars), il adopte un cadrage hautement cinématographique… Et pour cause, la réalisation de l’ouvrage s’est croisée avec la production du film dont il est tiré et qui un peu comme le Xerxès de Miller s’est fait doubler. A ceci près que le dessinateur a bossé sur le film et que l’album apparaît presque comme un storyboard de luxe, en donnant très envie de regarder ce long-métrage italien.

Hormis le réel regret de ne pas avoir d’infos sur le projet d’ensemble (on loupe de très peu le 5 Calvin pour le coup), ce Monolith est une bonne grosse claque, un plaisir de lecture d’un artiste en pleine possession de son art qui flatte notre imaginaire geek de cinéphile et notre réflexion sur notre environnement numérique et technologique. Du tout bon!

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