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Monsieur Jules

BD d’Aurélien Ducoudray et Arno Monin
Grand Angle (2019), 88 p. couleur, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour cette découverte.

couv_374177L’illustration de couverture de cet album est intrigante mais à mon sens peu parlante. Personnellement j’ai cru un moment qu’avec sa grande barbe ce Monsieur Jules était l’histoire intime de Jules Verne… en tout état de cause, si après la lecture l’image devient parlante, je ne suis pas certain que cela percute le lecteur BD farfouillant en librairie en quête de son prochain coup de cœur…

Monsieur Jules est souteneur. Mais à l’ancienne. Il habite avec deux vieilles prostituées qui aiment leur métier. L’une est aigrie et nostalgique de sa beauté fanée, l’autre est ronde et troque ses services contre des paniers de légumes. Tous les trois conçoivent l’activité comme un artisanat. Mais l’ancien monde se meurt et la violence des réseaux va bientôt frapper à leur porte…

Je ne suis pas familier de ce type d’histoires que l’on trouve de façon typique dans le cinéma français ou belge et me suis laissé tenter par le mystère de cette barbe et par l’audience de la précédente BD d’Arno Monin, L’adoption (que je n’ai pas lue). Je reconnais le trait agréable, traditionnel avec une colorisation pastelle élégante. Le dessin a été plus précis sur d’autres albums mais le dessinateur garde une sacrée maîtrise du découpage et dans le rendu du temps. Cette BD est faite de visages et de décors. Beaucoup de séquences muettes, contemplatives et réflexives, à l’image de ce bonhomme dont la mine sombre cache une fêlure profonde. Le colosse est loin de la jeunesse mais sa détermination se ressent dans son pas ferme et allongé. Car il est là pour prendre soin de ses filles, tels un vieux couple à trois dont on ne sais pas bien les détails de l’arrangement. La vision de la prostitution est ici celle de l’ancien monde, du XX° siècle un peu romantique où à « Paname » les filles moches ou jolies pouvaient décider de louer leurs charmes en tout bien tout honneur. les putes nous parlent des clients violents bien sur, mais la petite vie du trio semble convenir à tout le monde, entre engueulades, repas rapides dans la cuisine vaguement déprimante et prélassement dans le jardin. On est loin de l’image d’Épinal bien sur et l’on ressent la relative pauvreté, la misère affective et surtout le poids de la disparition pour monsieur Jules. Mais c’est un monde où ces blessés prennent soin l’un de l’autre, où l’on parle finalement bien peu de sexe et où tout semble réglé. Jusqu’à l’arrivée de l’engrenage: cette jeune africaine qu’un réseau de prostitution a tenté d’éliminer. Des emmerdes à prévoir. Faut-il s’en débarrasser? Faut-il lui appliquer la même bienveillance  qu’aux deux autres?

C’est une BD humaine que nous proposent les deux auteurs. Une histoire de petites vies pas glorieuses de personnes qui ont trouvé un juste milieu entre bonheur et survie dans un monde qui ne fait pas de cadeaux mais qui comporte plein de petits brins de soleil, pour peu qu’on ait envie de les trouver. Une jolie histoire joliment dessinée où sous le béton gris de la ville poussent de toutes petites fleurs qui se contentent de cet interstice.

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