BD·Edition

Les financements participatifs en BD

ActuA l’heure où les réseaux sociaux et internet en général bruissent autour des problématiques de droit d’auteur, de surproduction du livre alors même que la BD est (depuis des années maintenant) un secteur moteur  de l’Edition, les projets de financement participatif se multiplient, à mon grand plaisir. Ce système est à mon sens une des incarnations du renouveau démocratique du système capitaliste dans lequel nous nous mouvons et une des avancées majeures permises par internet. Pour ceux qui ne connaissent pas ce que les anglo-saxons appellent « crowdfunding », il s’agit ni plus ni moins de couper court à tout intermédiaire (ou presque) en lançant (pour un auteur, pour un petit éditeur, pour un projet spécifique) un appel à financement directement auprès des clients. C’est la base du système boursier en quelque sorte mais revenu à une taille maîtrisable et limitée par des participations indiquées en différentes catégories.

Les plateformes de financement participatif sont nombreuses: le porteur du projet pose un délai pour atteindre un objectif financier, avec des paliers de participation liés à des récompenses. C’est là où c’est le plus intéressant car cela permet d’aller généralement pour un album BD de la cotisation minimum avec le pdf de l’album à la plus classique 1 album + son nom dedans etc, jusqu’aux paliers collector incluant des bisous de l’auteur, un carambar dédicacé et que sais-je autres joyeusetés. Surtout le projet prévoit généralement une montée en gamme pour le produit proposé, avec une qualité de papier, vernis sélectif, fourreau etc selon que l’on atteint 150%, 200%, … Ceci permet d’impliquer tout le monde sans distinguer les gros contributeurs des petits puisqu’au final tout le monde aura un produit plus ou moins qualitatif selon le nombre de participants.

Capture.PNGPar exemple le projet d’art-book de Pierre-Mony Chan, très talentueux dessinateur de la série Cross-Fire dons les expériences avec ses éditeurs ont été difficiles et qui a atteint 1106% lors de sa clôture. Visiblement l’auteur avait anticipé le succès et les incertitudes portaient surtout sur la qualité finale du package. S’il permet de financer en totalité de beaux projets, le financement participatif implique aussi pour le porteur de réaliser toute la fabrication des fichiers et la recherche d’imprimeur… ce qui semble du reste être le lot de la plupart des auteurs de BD et qui peut les pousser à se passer d’un éditeur.

Mon chouchou Ronan Toulhoat, pourtant bon vendeur de séries grand public, passé sans difficultés d’Akileos, petit éditeur qui l’a lancé et a vu sa notoriété monter grâce à Block 109 ou le Roy des Ribauds chez Dargaud, a lancé un projet perso d’artbook sur le thème du western, auquel j’ai participé. Il n’a franchi que le second palier sur quatre, ce qui exclue l’impression améliorée. Tant pis… La page du projet permet en outre un véritable échange et work in progress  avec un artiste et nous donne à voir les étapes d’un travail qui habituellement est dans l’ombre jusqu’à l’arrivée en librairie.Capture du 2019-07-24 18-25-09.pngL’éditeur Sandawe a fonctionné pendant dix ans sur ce principe, proposant des projets d’auteurs que les « édinautes » finançaient, ce qui permettait de déterminer quel projet allait aboutir ou non. Plus que du financement participatif il s’agissait d’une formule mixte de co-édition avec les acheteurs finaux. D’excellentes séries comme Dessous ou Sara Lone ont ainsi vu le jour et permis à des auteurs de naître sur le marché très concurrentiel de la BD. L’éditeur a malheureusement cessé son activité au printemps dernier sans que cela ne remette pourtant en question la viabilité de ce modèle.

Plus récemment l’éditeur Kamiti (qui est mon partenaire sur le blog et dont les projets sont remarquablement variés et matures) a lancé un financement sur la plateforme Ulule afin de minimiser ses risques sur le tome 2 de l’ambitieuse série SF Red Sun dont le premier volume m’avait fait très bonne impression. Dessinée par la « débutante » et pourtant très impressionnante Alessandra de Bernardis  et scénarisée par Stephane Louis (auteur de nombreuses BD SF et d’aventure chez Soleil-Delcourt notamment) la série a son prochain tome (à paraître en 2020) garanti avec déjà 150% atteints mais je vous invite à y participer pour découvrir cette BD soutenir l’initiative d’un petit éditeur qui peine à voir ses albums placés sur les présentoirs des librairies face au renouvellement incessant des gros catalogues d’éditeurs…

Capture du 2019-07-24 18-23-53.png

J’ai constaté que auteurs comme éditeurs semblent particulièrement attirés par cette formule pour les art-book, ce qui semble logique étant donné le marché de niche que cela représente et le caractère relation-fans que le processus enclenche autour d’un objet justement destiné aux personnes particulièrement amatrices d’un dessinateur.

A noter que le blogueur Yradon soutient une grande quantité de projets et en parle régulièrement sur son blog dans une rubrique dédiée. Je suis impressionné par son activisme et trouve formidable que la blogosphère puisse ainsi aider le travail artisanal à petite échelle par des passionnés et pour des passionnés! Maintenant vous savez ce qu’il vous reste à faire…

4 commentaires sur “Les financements participatifs en BD

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