BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Charly 9

La trouvaille+joaquim

BD de Richard Guerineau
Delcourt (2013), 126 p. one-shot d’après le roman de Jean Teulé. Suivi de Henriquet, du même auteur.

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Les couvertures de Guerineau n’ont jamais été particulièrement bien inspirées, comme quoi on peut être un très grand dessinateur et pécher sur la couverture. L’image est du reste parlante même si, selon moi, pas forcément percutante. L’ouvrage est au format quasi-comics de l’excellente collection Mirages de Delcourt (que je vous recommande vivement d’explorer), papier épais. Pas de bonus particulier.

A 22 ans le jeune roi Charles IX, soumis à sa mère la redoutable Catherine de Medicis, ordonne les massacres de la Saint-Barthélémy, événement sans commune mesure dans l’histoire du royaume. Hanté par son acte, il finira son règne entre les poèmes de Ronsard et une gestion de la vie et de la mort immorale…

Image associéeJ’avais découvert Guérineau sur le Chant des Stryges, série sur les premiers cycles desquels il a fait montre d’un art du cadrage, du rythme et des encrages redoutables. Je dirais ensuite que sa finesse s’est usée, sans doute à l’usage d’une série très longue qui ne lui a que peu laissé le temps d’expérimenter d’autres univers. J’avais lu le très bon (et contemplatif) western Après la nuit ainsi que son XIII mystery très politique il y a quelques temps et espérait qu’il se produise sur des one-shot. Cela semble chose faite et maintenant que les Stryges le laissent en paix il ne semble aucunement lassé du dessin et enchaîne ce qui ressemble à une série sur les rois de France: Charles IX puis Henri III dans son récent Henriquet, l’homme-reine dont le personnage est issu du précédent. Étonnant aléa je lis cet ouvrage juste après la formidable adaptation de Jean Teulé (encore) Je, François Villon par Luigi Critone, où l’on retrouvait déjà la violence brute, l’indolence du personnage principal et une certaine expérimentation visuelle. Il semble que Jean Teulé ait inspiré le même genre de visions aux deux auteurs…

Ce qui marque dans cet album, c’est la très grande liberté d’un auteur qui s’assume comme tel et le sentiment que les contraintes de la série commerciale avec scénariste avait impliqué un besoin de grande respiration. On a toujours chez ce dessinateur un pessimisme noir sur l’humanité et une approche politique appuyée. Le point de départ, crime originel est la Saint-Barthélémy, qui entraîne une foule de réflexions en mode humour noir sur le pouvoir, la folie des guerres de religions et de monarchies consanguines, dégénérées et hors sol. Résultat de recherche d'images pour "charly 9 guerineau"La quatrième de couverture incite à la compréhension envers ce roi qui est néanmoins présenté comme un tyran, fou au milieu des fous. Pour illustrer cette désarticulation Guerineau alterne des planches assez classiques (et très belles), des expérimentations contrastées de rouge et de noir, des délires en mode Peyo,… Ce qui est perturbant ce ne sont pas les séquences en rupture graphique brutale mais l’alternance entre des planches encrées et d’autres bien moins travaillées sans que l’on comprenne bien pourquoi. Mais l’ensemble est particulièrement inspiré et sort tout à fait de l’ordinaire des albums BD.

Sur le plan du scénario, Guérineau se cale dans les pas de Dumas et la Reine Margot, ou de son adaptation magistrale par Patrice Chéreau au cinéma. Ainsi de l’hypothèse d’une Catherine de Medicis castratrice avec un roi terrorisé à l’idée de perdre son amour, ainsi surtout de l’idée d’un empoisonnement du roi par sa mère elle-même, scénario développé par Dumas mais ne reposant que sur de faibles supputations historiques. Nous sommes donc bien dans un objet immaginaire, fantasmé et réapproprié par un auteur. Le point de départ est cette séquence terrible en huis clos, ce tribunal où pour la seule fois le roi nous paraît humain. Après quoi il nous sera présenté comme un adolescent attardé, fuyant sa responsabilité en des jeux tantôt mortels, tantôt cruels, mais toujours violents.

BD inattendue pour moi, Charly 9 me donne très envie de lire la suite Henriquet et probablement les futurs one shot d’un illustrateur décidément très élégant et qui désormais loin des projecteurs rivalise avec la coqueluche du moment, un certain Ralph Meyer.

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