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Le regard de la veuve

BD du mercrediBD de Yslaire et Boidin
Glénat (2018), 87 p., série La guerre des Sambre – Maxime et Constance #3 (terminé)

105767Un billet en forme de guide de lecture de la saga a été publié récemment. Si vous n’êtes pas familiers avec la saga Sambre vous pouvez vous y reporter.

J’y indiquais que les trois cycles de la saga de la « Guerre des Sambre » (ou Guerre des yeux comme on peut le lire dans certains volumes de la série) étaient inégaux et notamment ceux du dernier arc, Maxime et Constance. L’enjeu de cet arc est très grand puisqu’il reboucle avec Hugo et Iris (premier arc qui avait extraordinairement prolongé la série mère) et présente les deux personnages des parents d’Hugo que l’on voyait largement dans le premier cycle. Il devait également expliquer enfin le destin des premiers enfants de Maxime et le passé « révolutionnaire » de cet ogre de noirceur. Je dois dire que j’avais trouvé assez laborieux les deux premiers volumes de Maxime et Constance et craignais un syndrome d’épuisement (comme je l’ai ressenti sur le dernier Avant la Quête).

Pour rassurer tout le monde, cet ultime (et épais) volume est probablement l’un des meilleurs de la Guerre des Sambre. Non qu’il soit parfait, les graphismes très inégaux sur l’ensemble des 80 pages (un double album…) n’étant pas toujours à la hauteur de la qualité de Sambre. Il semble que les deux auteurs aient eu du mal à organiser cette histoire entre les trois albums et aient été contraints de grossir le dernier tome après un retard à l’allumage, les deux premiers volumes s’étant un peu trop étendus sur la jeunesse tourmentée de Maxime. Boidin qui avait remarquablement collé à l’esprit général de la saga sur le deuxième Cycle, donne une partition mi figue mi raisin, certains visages étant vraiment grossiers avec des effets de crayonné dont il a coutume mais qu’il avait abandonné sur Werner & Charlotte et qui ne collent pas avec la « ligne » Sambre. D’autres cases sont remarquables de composition, d’expression. Certains décors sont vraiment vides et plats quand d’autres sont très puissants d’évocation de la Terreur révolutionnaire… Personnellement j’ai le sentiment que Boidin a eu du mal à produire la quantité astronomique de cases demandées par un scénario extrêmement verbeux et découpé en petites images…

SambreSi la partition graphique reste donc loin de ce qui a été fait sur les autres cycles, la conclusion dramatique de la série atteinte en revanche une maîtrise à la fois littéraire, thématique et passionnelle de très grande qualité. Ce qui m’avait lassé sur les deux premiers tomes c’était l’insistance un peu lourde sur le traitement fait à Maxime, le sadisme permanent, l’absence totale de lumière et de personnage positif auquel se raccrocher. Au commencement de ce troisième volume la situation est installée et l’on peut entrer dans le cœur du sujet (qui nous intéresse): la période révolutionnaire et comment dans cette tourmente historique un orphelin issu d’une noblesse tardive va épouser la grande vague de l’Histoire et fabriquer la génération bourgeoise que nous connaissons dans la série mère. C’est donc bien le moment qui est passionnant et Yslaire fait le choix un peu perturbant d’utiliser la femme de haute lignée de Maxime comme narratrice, nous laissant tout au long du volume lire une description toute orientée (version noblesse revancharde) de la Révolution. L’auteur adopte t-il ce pointe de vue? Rien ne permet de le savoir mais si les abus de la Terreur peuvent être condamnés par tous, le point de vue pro-noblesse est sommes toutes assez perturbant. Sans titre.jpgIl permet néanmoins de comprendre l’attitude d’anguille de Maxime, dont l’unique raison d’être est son ambition et sa propre survie. Nous l’avions déjà vu dans Hugo & Iris, ce personnage est très certainement le plus détestable de l’ensemble de la série! Yslaire ne permet absolument aucune compassion pour ce personnage, ce qui rend là encore la lecture à la fois complexe et éreintante. Et si Constance est la harpie manipulatrice présente dans chacun des albums Sambre, Etienne, le jeune et innocent fils de Maxime  et Josepha, sa sœur, donnent une lueur de naïveté et d’idéalisme qui corrigent la noirceur du scénario.

L’œuvre de l’auteur belge atteint avec cet ouvrage, (je pense le plus ambigu) une ambition rarement vue en BD, comme pyramidion un peu bancal mais qui structure l’ensemble de la saga. En raccrochant Sambre au basculement révolutionnaire, il brise un peu la structure familiale qui organise ses récits mais s’appuie sur un bouleversement absolu, ressenti par chaque être au quotidien, pour hisser plus haut que jamais la saga des Sambre.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

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22 commentaires sur “Le regard de la veuve

    1. La série principale est toujours vraiment très bonne (même si c’est compliqué d’étaler ses lectures des volumes sur 4-5 ans chaque fois). Sur la Guerre des Sambre comme expliqué dans un autre article c’est variable, j’ai une très grosse préférence pour le premier cycle dessiné par Recht et Bastide, mais les deux autres sont très bien aussi.

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    1. Sincèrement, lis au moins le cycle 1 Hugo et Iris. Le graphisme est somptueux et l’ouverture des thèmes est vraiment exceptionnelle. Après tu pourra prolonger si tu accroche.

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    1. tu peux lire la série principale ou la Guerre des sambre dans l’ordre que tu veux. Si tu commence par la Guerre il vaut mieux lire Cycle 2-3-1 puis enchainer sur Sambre (le cycle 1 est plus rattaché à la série principale)

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    1. La durée de publication des albums y fait beaucoup. Je te conseille vivement de relire à la suite, c’est vraiment très bien maîtrisé. Il y a beaucoup de personnages et de liens de famille et c’est mieux de rester frais en enchainant les albums. Hugo et Iris, en 3 tomes est a mon sens le plus accessible et peut se lire comme une série fermée.

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    1. En gros c’est une transposition BD des gros romans romantiques du XIX°. C’est plein de pathos, d’amours impossibles, de familles dévorantes sur fond d’histoire sociale du XIX° siècle. Faut aimer cette ambiance mais c’est remarquable.

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      1. Après il y a les graphismes qui peuvent t’entraîner. Mais je reconnais que c’est torturé. TU n’es pas obligée de tout lire. Il y a plusieurs cycles y compris sur la série mère (les 4 premiers sont vraiment chouettes).

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