***·BD·Rapidos·Rétro

La mondaine

BD de Zidrou et Jordi Lafebre
Dargaud (2014), 2 volumes parus, 2X62p et une intégrale.

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Le nom de Zidrou est un peu partout en ce moment et ses BD jouissent de très bonnes critiques (ou mode…?). Par ailleurs je reconnais que les dessinateurs avec lesquels il travaille sont plutôt bons, notamment une sorte d’armada espagnole que Zidrou côtoie. J’avais feuilleté les albums de Jordi Lafebre et si le style proche du cartoon m’attirait moyennement, je lui reconnais une maîtrise technique vraiment intéressante. Du coup le diptyque La mondaine était dispo en bibliothèque et j’ai tenté le coup.

L’album suit un nouvel inspecteur à la bridage mondaine, chargée avant la seconde guerre mondiale de gérer la prostitution, autant les prostituées que les clients. Ils font office de bureau de renseignement, de cabinet noir du gouvernement, capable de donner des informations compromettantes sur des hommes de pouvoir fréquentant les charmes des demoiselles.

La série est inégale. Autant le premier volume est très bien mené, alliant exotisme du sujet et humour des situations, servi par le trait acéré (proche de la caricature, mais toujours précis) de Lafebre, autant le second volume m’a un peu perdu. En effet, l’histoire débute sur des thèmes fort intéressants: la brigade suit la vie souterraine d’une France encore sous le carcan de l’Église et d’une certaine pudibonderie que la réalité du sexe fait voler en éclat. Ces policiers voient la réalité de cette société, avec une certaine légèreté. Plein de détails mi amusants mi terrifiants (les méthodes connues de la police, le tabassage à l’annuaire ou les agents qui profitent des services des prostituées, y compris très jeunes) jalonnent l’album mais toujours avec un regard coquin des auteurs. Dans le second volume deux éléments font irruption, qui déstabilisent le récit, lui faisant prendre une tournure sombre que l’on attend pas et qui à mon sens fragilisent les thèmes proposés: la rafle du Vel d’Hiv et la folie du père d’Aimé. Le ton devient très sombre même s’il est enchâssé eu milieu de scènes burlesques. Idem pour l’histoire de la taïtienne qui paraît un peu en trop.

Je pense que le scénariste a trop voulu en mettre en seulement deux volumes. Ce qui était intéressant c’était bien le début de l’album, le paris souterrain, la dérision, le regard puceau d’Aimé et finalement, ce rôle politique de la Mondaine qui ne sera finalement presque pas exploité (… et que l’on retrouvera dans Shi du même scénariste). Le ton et le style de dessins ne collent pas vraiment avec les sujets sombres traités dans le second volume. Du coup on n’est pas vraiment dedans et l’on est frustrés avec une impression de « à quoi bon? ». Le sujet des relations entre la police et la collaboration aurait mérité une série entière. L’excellent « Il était une fois en France » faisait bien ce travail. L’histoire familiale du héros pouvait à la rigueur s’insérer mais pas de manière aussi centrale. C’est vraiment dommage car j’ai par ailleurs vraiment apprécié l’ambiance générale, l’humour et le dessin, mais le sentiment que les auteurs n’ont pas bien défini leur sujet gâche un peu le plaisir. La Mondaine reste cependant une bonne série qu’on peut lire avec plaisir.

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